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Attention: pour des raisons de lisibilité
et de navigabilité ce témoignage est un copie (presque mot pour mot) de
celui que l'on trouve à la page:
http://perso.wanadoo.fr/jasmin90/GrandeGuerre1914_1918/Tranchees%26Detention.html
J'ai essayé de contacter le webmaster de ce site pour avoir son accord.
Malheureusement sa boîte email étant pleine ou inexistante, je n'ai pas
réussi à le joindre. S'il se reconnaît ou que quelqu'un trouve un moyen
de le joindre merci de me contacter.

Abel Castel est un fantassin du 35ème RI (garnison de Belfort).
Soldat du 2ème Bataillon, 6ème Compagnie, section du Lieutenant Pau,
escouade du Caporal Mathiot
Voici
son carnet de guerre
21
septembre 1914
Le 21, nous sommes dirigés sur la ville de Féré 50. Nous arrivons le
soir avec la faim car il y avait quelques jours que nous n'avions rien
mangé. Nous couchons dans les casernes d'artillerie déjà incendiées par
les Prussiens en 1870.
50 La Fère
22-27 septembre
Et le lendemain 22, nous nous embarquons pour l'Allemagne en passant par
Gagnicourt, Tergnier, Ménésés 51, Montescourt 52, Saint-Quentin, Essigny
53, Cambrai, Denain, Harlihin 54, Douay 55, Valenciennes, Quiévrain,
Saint-Gilgham 56, Jemmapes, Mons, Ghlin, Marnay-Saint-Pierre 57,
Neufvilles, des carrières de pierres, Bleues-du-Hainaux, Soignies,
Braine-le-Comte, Tubize, Halle, Loth 58, Vorder, Huide Curenghem, Lochem,
Lese, Luffrich, Henne, Chaudefontaine, La Braiche, Trooz, Fraipont,
Nessonvaux, Gefontaine, Canesse, Ensival, Verviers, Pelhin, Dolhin,
Vieinal, Welkenmecht, Herbestahl, Ronkeide, Aix-la-Chapelle, Stolben,
Duren, Horrem, Grosskomgsdorf, Cöhln, Baderlof, Benhausen, Allenberg,
Vorwolke, Naensen, Heiensen, Granderheim, Saxen-Langelheim, Goslas, Herd,
Halbestadt, Wexleben et Quedlinburg …
51 Mennessis
52 Montescourt-Lizerolles
53 Essigny-le-Petit
54 Haulchin ?
55 Douai. Cette ville est probablement traversée avant Denain
et Hauchin
56 Saint-Ghislain
57 Masnuy-Saint-Pierre
58 Lot
28 septembre
… où nous arrivons le 28 septembre à 3 heures et demie du soir, après
avoir fait 83 heures de voyage. Donc nous débarquons à la gare de
Quedlinburg, où la foule est très nombreuse, mais il n'y a aucun
tumulte. Tout le monde est silencieux et nous regarde d'un air content.
Nous traversons un coin de la ville à la lueur des torches que tiennent
les pompiers qui nous conduisent au camp des prisonniers. Il se trouve à
3 km environ de la ville. Nous y arrivons enfin ; il est en plein milieu
des champs labourés, dans une boue où l'on enfonce jusqu'aux genoux et
où il faut être équilibriste pour tenir debout. Nous sommes rassemblés
aussitôt et un officier allemand nous dit : "Soldats français, vous êtes
maintenant nos prisonniers, et celui qui osera ne pas nous obéir sera
fusillé sur le champ". Nous sommes conduits dans notre chambre faite de
planches mal jointes et ouvertes aux 2 extrémités. Pour moi, la 1ère
nuit, je suis forcé de coucher dehors faute de place, sur une poignée de
paille sur la terre toute humide.
29 septembre – 13 octobre
Le matin au réveil, on nous donne des gamelles pour aller chercher du
café, qui bien qu'il soit sans sucre, nous fait bien du bien car il est
bien chaud et nous sommes gelés. Ensuite, nous sommes rassemblés et l'on
demande qui veut travailler au métier de charpentier ou de menuisier. Je
me présente et je suis embauché avec les charpentiers qui travaillent à
construire le camp ; ils sont quelques fois bien plaisants et me donnent
de temps en temps des tartines de pain noir et de beurre ou de saindoux.
14-19
octobre
Le 14 octobre, je suis arrivé à gagner 10 sous. Ce n'est guère, mais ici
c'est beaucoup et on est heureux des les avoir. Comme le travail des
charpentiers est terminé, je commence à faire des corvées comme mes
camarades. Nous allons chercher du gravier dans des caisses à 1 km du
camp. Le travail me fait trouver le temps moins long. La journée
terminée, on mange la soupe et ensuite nous avons concert presque tous
les soirs par nos amis les Anglais qui sont dans ma chambre.
20-31
octobre
Le 20 octobre ils célèbrent l'anniversaire de la bataille de Trafalgar
où les deux flottes se donnèrent jadis un terrible combat. A fin du
concert, un sergent anglais prend la parole et dit que cette fois les
deux nations luttaient encore ensemble, mais l'une à côté de l'autre et
d'un commun accord afin de ramener la paix en Europe. Il termine en
disant qu'ils espèrent tous rester nos amis partout et toujours. On
chante en chœur la Marseillaise et l'hymne national anglais et on va se
coucher tout heureux de notre soirée. Les journées se passent encore
assez vite mais ce qu'il y a d'embêtant, c'est le froid qui se fait déjà
sentir. Maintenant on prend la garde par la faute de certains camarades
qui ne prenaient même plus la peine d'aller jusqu'aux cabinets, alors un
service de garde a été organisé et ce sont les Français eux-mêmes qui
montent la faction à la porte des baraques, surveillés par des
sentinelles allemandes. Moi j'ai pris la garde pour la première fois le
3 novembre de 9 à 10 heures du soir et de ? à 4 heures du matin. Mais il
ne faisait pas encore bien froid durant cette nuit et elle s'est encore
bien passée. Nous continuons à faire des corvées.
1er novembre
Bientôt le jour de la Toussaint arrive, jour bien triste pour beaucoup
de nous. Peu chantèrent et jouèrent sans se soucier de leurs camarades
tombés au champ de bataille et de leurs parents qui peut-être en ce
moment priaient pour eux. Quant à moi, bien des choses vinrent à ma
pensée. J'ai bien pensé à ma petite famille, à mes parents et amis qui,
je n'en doute pas, ont pensé à moi. Ils ont dû souffrir de ne pas me
voir auprès d'eux et peut-être ne sachant pas que j'étais prisonnier,
ont-ils aussi prié pour moi. Oui, ce fut une bien triste journée pour
moi et jamais je ne l'oublierai. Le soir venu, je me suis couché de
bonne heure après avoir prié pour mes parents défunts. Enfin je m'endors
et cette triste journée que j'ai trouvée bien longue et morne, est
passée.
2-5 novembre
Les jours suivants, les corvées se poursuivent toujours et j'y vais à
peu près tous les 2 à 3 jours. Les Allemands nous ont pris nos ??? pour
nous garder.
6 novembre
Aujourd'hui 6 novembre, nous sommes à la corvée et nous avons avec nous
une sentinelle qui n'a pas l'air d'aimer les Français. Il nous fait
marcher avec le fourreau de leurs baïonnettes dont il se sert comme
bâton et frappe sur les doigts à ceux qui mettent leurs mains dans leurs
poches. Heureusement, tous ne lui ressemblent pas.
7 novembre
Le samedi 7, nous restons au repos. Nous sommes 3 amis ensemble. Nous
avons trouvé parmi les prisonniers un jeune séminariste très gentil.
Nous faisons table ensemble et nous nous accordons bien car nous
partageons tout entre nous. Ah ! si seulement nous avions assez de quoi
nous donner ! Enfin, espérons-le, un jour viendra où nous retrouverons
tous nos familles et où nous pourrons parler de ces tristes jours passés
en Allemagne.
8-9
novembre
Le 15 59 novembre, voilà le 15ème dimanche que nous les avons quittées
60. En campagne, on ne pense pas aux beaux jours perdus, mais ici ! Je
le trouve bien long ce dimanche et je regarde souvent l'heure. L'heure
de la messe est encore le moment le plus triste : du camp j'entends
sonner les cloches de la ville qui n'en est pas éloignée. C'est à ce
moment que l'on pense bien à sa famille, à tous ses parents. Mais hélas
! tout ce qu'on peut faire, c'est de tourner le regard du côté de sa
chère France, et de ses chers parents qui eux aussi doivent les trouver
bien longs ces dimanches. L'heure de la soupe est arrivée enfin, je la
mange avec mes deux amis. Nous parlons ensuite de nos villages natals,
ce qui nous rappelle de bien doux souvenirs. Puis nous nous mettons au
travail.
59 il s'agit en fait probablement du 8 : afin de respecter la
chronologie des propos ; de plus le 15ème dimanche de campagne tombait
bien le 8 novembre
60 les familles
10 novembre
Mardi 10 novembre, nous allons en corvée à la rivière. Nous apportons du
gravier à plus d'un kilomètre de là ; un civil nous surveille, il nous
force à porter des caisses pleines et ne nous donne pas de repos. La
corvée se termine enfin et nous rentrons au camp bien fatigués.
11-14 novembre
Mercredi le 11, un détachement de prisonniers russes arrive au camp où
leurs amis belges, anglais et français leur font un chaleureux accueil.
Puis j'apprends avec joie que je viens de recevoir des nouvelles de ma
famille. J'avais trouvé les heures bien longues en les attendant !
15 novembre
Voici encore un dimanche, un 15 novembre. Au réveil un officier passe
dans les baraques et nous fait tous sortir car il fait un beau soleil.
Nous nous promenons dans la cour en attendant la soupe. Mais comme tous
les dimanches, je trouve le temps bien long et je me demande quand je
passerai ces beaux jours dans ma famille. Après une soupe aux choux bien
maigre, nous nous reposons sur nos lits : nous parlons du pays, des
parents, des amis qui sont si loin. Nous parlons aussi des camarades qui
sont au combat car cela doit être bien dur par la pluie et le froid.
Nous les plaignons bien car ici nous sommes au moins à l'abri de tout
cela.
16-24 novembre
Le 16, il fait une douce température et je suis tout heureux d'aller en
corvée car cela me fait tout oublier. Mais un doux souvenir me revient à
la pensée. Il y avait deux ans à cette date, je me mariais et j'étais
heureux au milieu de tous mes parents et amis. J'aurais bien voulu être
auprès de ma chère femme afin de fêter cet anniversaire, mais hélas !
elle est bien loin de moi. Enfin nous rentrons au combat 61 car nous
avons bien travaillé car nous avons de mauvaises sentinelles avec nous.
61 camp
25-27 novembre
Mercredi 25 novembre 1914. Nous changeons de camp, du 8ème nous passons
au 6ème et nous en sommes bien heureux car la nourriture y est un peu
plus abondante et meilleure.
28
novembre - 23 décembre
Le 28, je confectionne une paire de petits chaussons pour ma petite
fille. Ce sera un petit souvenir de Quedlinburg. Voici bientôt la fête
de Noël. Puisque nous ne pouvons pas la faire chez nous, nous la
fêterons de notre mieux ici.
24 décembre
Le 24 décembre (jeudi), nous allons nous confesser, puis nous faisons un
petit repas avant de nous coucher. Mais les Allemands, toujours pour
nous narguer, nous enlèvent la lumière et nous sommes obligés d'aller
nous coucher.
25 décembre
Le lendemain 25, nous nous préparons pour aller à la messe, mais les
Allemands nous chassent à coups de bâton. Nous sommes bien en peine de
ne pas pouvoir y assister. Enfin, il n'y a rien à dire. L'heure de la
soupe arrive ! Quel maigre repas pour un jour de Noël. Ensuite comme
Chartier avait reçu du chocolat et des biscuits, nous avons un bon
dessert et nous nous consolons tous les trois dans les mêmes peines.
L'après-midi passe assez vite et nous voici au repas du soir. Nous avons
un bon cacao bien chaud à l'occasion de Noël et un petit bout de
saucisson. Voilà Noël passé et bien que nous l'ayons fêté de notre
mieux, nous nous apercevons que ce n'est pas Noël en famille. Et l'on
pense à ces braves qui se battent encore au champ de bataille et qui ne
se sont peut-être pas aperçu de cette belle fête.
26-31
décembre
Samedi 26. Nous avons la satisfaction d'avoir une messe. Nous y prions
avec bonheur pour nos parents et nos amis.
1-2 janvier 1915
Ensuite voici la nouvelle année, c'est aujourd'hui le 1er janvier. La
nuit, en rêve, il me semble être chez moi entouré de tous mes parents,
de ma femme et de ma petite fille. Mais hélas ! je m'éveille à 2 heures
du matin et je vois que je suis encore dans cette triste prison et si
loin de ma famille. Enfin je me console en espérant que Dieu est là pour
me servir d'interprète auprès de ma petite famille qui doit être bien en
peine aussi. On est presque heureux quand le jour de l'an est terminé.
3
janvier
Dimanche arrive et j'ai la satisfaction d'assister à la messe. Pendant
son sermon, le prêtre nous présente ses meilleurs vœux pour la nouvelle
année, il nous fait reprendre courage et souhaite pour tous que la paix
revienne bientôt et qu'à Pâques nous soyons tous rentrés dans nos
familles. Puis nous prions tous pour nos parents, pour nos camarades qui
sont au combat et ceux qui sont morts au champ d'honneur. L'après-midi
je lis les vêpres dans la baraque. Le soir je me couche avec
satisfaction.
4-6
janvier
Lundi 4 janvier. La neige fait son apparition.
7-9
janvier
Jeudi 7 janvier. Je viens de recevoir des nouvelles de ma famille, je
suis heureux de les savoir tous en bonne santé.
10
janvier
Dimanche 10 janvier. Nous passons une triste journée, car nous changeons
de camp et comme ce n'est pas facile, il nous faut 3 heures. Nous sommes
dans une baraque avec les Russes. Nous ne sommes que 4 Français, 2
Belges et un Anglais parmi les Russes qui sont très bons camarades. Ils
sont honnêtes et religieux car ils font tous leurs prières, soir et
matin. Enfin nous sommes très bien installés.
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