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Attention: ces informations et
photographies sont la propriété exclusive de Laurent Battut. Les copies
partielles ou complètes en sont donc interdites.

Antoine dit "Jean", Rauche, est né en 1884 à Savennes (63).
Il est soldat au 105ème Régiment d'Infanterie (garnison de Riom).
Lors de la mobilisation, il a une soeur, et un
frère de 23 ans effectuant son service militaire à Roanne (42) au
98ème RI.
En tant que réserviste il est affecté au 305ème Régiment d'Infanterie
(garnison de Riom).
Il est intégré à un effectif de 2200
hommes qui quittent l'Auvergne par le train au départ de Riom dans la
nuit du 12 au 13 août pour rejoindre l'armée d'Alsace du général Pau.
Son
parcours
Opérations en Alsace - retraite vers Paris
Le 305ème RI, appartenant à la 63ème division, 7ème Corps d'Armée,
rejoint son point de concentration à Vy-Lès-Lure (Haute-Saône) entre
Vesoul et Belfort le 14 août.
Le 17 août, le régiment entre en Alsace, mais il reprend la direction de
Belfort le 22 août sans s'être engagé dans les combats. Le 28 août, Jean
embarque à Belfort par le train de 05h30 pour une destination inconnu.
La 63ème division est intégrée à la VIème armée du général Maunoury.
Le 29 août, Jean débarque à Saint-Just-En-Chaussée dans l'Oise. Commence
alors un mouvement de retraite en direction de Paris, sous un soleil de
plomb, avec des marches de 40 Km par jour.
Bataille de la Marne
Le généralissime Joffre a prévu la reprise de l'offensive générale pour
le 6 septembre. Le soir du 5 septembre, le 305ème RI cantonne à
Dammartin. Ce même jour a commencé la manœuvre destinée à attaquer de
front et déborder le IVème corps de réserve allemand par sa droite.
Cette manœuvre, la bataille de l'Ourcq, dans le département de la
Seine-et-Marne, est concomitante avec un choc des fronts ennemis sur une
distance d'environ 250 Km le long de la Marne, de l'Ourcq jusqu'à
Verdun.
Le 6 septembre à dès 5 heures, la 63ème division se met en marche en
direction d'Oissery. Les villages de Bregy, puis Fosse-Martin sont
atteints. Ils viennent d'être évacués par les Allemands. En fin
d'après-midi, Jean marche en direction de Vincy avec son bataillon. Le
choc entre les infanteries se produit à 19 heures vers la ferme de
Vinvy-Manoeuvre.
Un repli est nécessaire. La position retranchée de la ferme sur un
relief favorable à la défense rendant le maintien impossible.
Le 8 septembre en début de matinée, les Allemands déclenchent un
mouvement offensif d'infanterie avec soutien de l'artillerie grâce à des
renforts.
Les soldats du 5ème bataillon du 305 restent prostrées dans leurs
petites tranchées avec l'ordre de tenir pendant que le 6ème ira se faire
décimer sous les rafales de mitrailleuses sur les collines de Vincy et
Poligny à l'Est du village de Puisieux.
Le 9 les Allemands entament leur repli général, leur front étant sur le
point de se disloquer.
Le 11 septembre, le 305 part en direction de Villers-Cotteret (Aisne) à
la poursuite de l'armée allemande que l'on signale en déroute. Il tombe
une pluie torrentielle.
Bataille de l'Aisne
Le 12 septembre au matin, après avoir cantonné à Villers-Cotteret pour
trois heures de sommeil, le 305ème RI prend la direction d'Ambleny sur
la rive gauche de l'Aisne. Il pleut à torrent. Les ponts de l'Aisne
viennent d'être détruits par les Allemands dans leur retraite. A vingt
et une heures, le régiment traverse l'Aisne.
Le lendemain matin 13 septembre, à cinq heures, le 305 se porte au Nord
de Fontenoy en direction de Nouvron, par la cote 140. Jean est en
première ligne de son régiment. A l'arrivée sur la cote 140, le 5ème
bataillon du 305 est décimé sous une pluie de balles. Les Français
restent bloqués sur leur position toute la journée. Une attaque
allemande se produit le soir à la tombée de la nuit provoquant un
mouvement de panique dans les régiments français. Les Allemands sont
néanmoins refoulés en fin de soirée.
Le 20 septembre 1914
Plusieurs dizaines de soldats du 305ème RI sont faits prisonniers vers
05h30 le 20 septembre, alors qu'ils viennent de relever un autre
régiment dans les tranchées du plateau de Nouvron.
Les Allemands se sont approchés sans bruit dans l'obscurité et ont sauté
dans les tranchées de soldats français qui les
avaient pris pour d'autres Français arrivant.
Les Allemands ont tué un certain nombre de Français à la baïonnette et
ont capturé les autres. Cette sanglante bataille durera toute la journée
et les Allemands seront finalement refoulés en fin d'après midi grâce à
l'artillerie française.
Mon arrière-grand-père a raconté une anecdote à sa fille (ma grand-mère)
: lors de sa capture, un dénommé Védrine de Savennes (63) est devenu
comme fou lorsqu'il s'est senti cerné et s'est mis à vider son chargeur
de Lebel alors que les soldats s'étaient en principe rendus, mettant
ainsi en danger ses camarades désarmés. Après la capture, ce Védrine a
été pendu par les pieds à un arbre par les Allemands pour punition.. Il
fut envoyé à Quedlinburg.

A Quedlinburg
Nous retrouvons Antoine sous le matricule 12678 dans le camp de
prisonniers de guerre de Quedlinburg. Il est affecté au Feld VI,
barraque 34A.
On le voit en photo (ci-contre) avec un "pays"...François
Monnet. Ce dernier était aussi du 305ème RI.

Il fait alors partie des
Arbeits Kommandos. Il se dit dans la famille qu'il travaillait dans
une ferme. Mais, hélas nous n'en savons pas plus
On reconnaît Antoine en haut à droite (debout en képi avec un tee shirt
blanc sous sa veste).
Le retour
L'état de service d'Antoine mentionne une libération le 19 janvier
1919. Mais je ne sais pas s'il s'agit du départ de camp (je pense plus
pour ça) ou son arrivée à Savennes.
Le fameux Védrine faisait partie du même train de retour que mon
arrère-grand-père. Néanmoins il est mort lors du voyage en train. Il a
été conclu à une chute du train par accident. Sous entendu qu'il a pu
être poussé par un soldat qui n'aurait pas apprécié son attitude 5 ans
plus tôt...
Notons que le code militaire en place à l'époque article 204
disait:"Prisonnier de guerre qui, ayant faussé sa parole, est repris les
armes à la main - Peine: mort" . La thèse de suicide pour éviter la
honte pour la famille peut donc aussi être envisagée.
Et
après...
Il s'est marié en mai 1919 soit 4 mois après son retour.
Il avait un frère Michel célibataire mort pour la France à Vingré (02),
sur le plateau de Nouvron, le 8 décembre 1914.
Sa soeur s'est mariée en 1920.
Il a eu 3 enfants. L'un est mort à 20 ans de maladie. Les deux autres
ont eux à leur tour 2 et 3 enfants (donc 5 petits enfants).
Cela doit faire environ 9 arrière-petits-enfants et 2
arrière-arrière-petits-enfants (mes deux enfants pour tout dire, car les
autres arrière-petits-enfants ne sont pas en âge de procréer...).
Antoine Rauche est décédé en 1954 à Savennes.
Mais une chose est sûre si cela avait mal tourné le 20 septembre 14 pour
lui, je ne serais pas là !
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